Artémis : le retour de l'humanité vers la Lune
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Pourquoi retourner sur la Lune ?
Cinquante ans après les derniers pas d'Apollo sur la Lune, la NASA a lancé le programme Artémis avec trois grandes ambitions : faire des découvertes scientifiques majeures, développer une économie lunaire, et préparer les futures missions vers Mars. Et derrière tout ça, un contexte géopolitique bien réel : la Chine prévoit son propre alunissage habité pour 2030. La course à la Lune a repris.
Artémis n'est pas un programme américain, c'est un programme mondial. La NASA y associe l'Europe, le Canada, le Japon et une vingtaine de pays. Sans le module de service fabriqué par l'Agence spatiale européenne — en partie en France — la capsule Orion ne pourrait ni se propulser, ni produire son énergie, ni maintenir l'air pour l'équipage.
Artémis I — la répétition générale (2022)
Avant d'envoyer des humains, la NASA voulait s'assurer que tout fonctionnait. En novembre 2022, la fusée SLS — l'une des plus puissantes jamais construites — a décollé avec la capsule Orion vide. Mission accomplie en 25 jours : Orion a effectué une orbite distante autour de la Lune et est rentré intact sur Terre. La voie était libre pour y envoyer des humains.
Artémis II — ce qui vient de se passer
Le 1er avril 2026, quatre astronautes décollaient depuis Cape Canaveral à bord d'Orion. Dix jours plus tard, ils rentraient sur Terre après avoir battu un record historique : 406 771 km de la Terre, plus loin qu'aucun humain depuis Apollo 13 en 1970.
La capsule a atteint sa vitesse maximale lors de la rentrée atmosphérique finale : 40 233 km/h, soit environ Mach 32 — plus de 30 fois la vitesse du son. C'est bien plus rapide qu'un retour depuis l'orbite terrestre basse (environ 28 000 km/h) : revenir de la Lune, c'est revenir de beaucoup plus loin, avec beaucoup plus d'énergie à dissiper
L'équipage
Un voyage pas si simple
On imaginerait qu'Orion a foncé en ligne droite vers la Lune. La réalité est bien plus élégante. Les ingénieurs ont calculé une trajectoire appelée trajectoire de retour libre : une courbe telle que même si les moteurs tombaient en panne, la gravité combinée de la Terre et de la Lune ramènerait naturellement la capsule vers la Terre. Au cours du voyage, un moment remarquable a eu lieu le 6 avril à 6h41 du matin : Orion a franchi la frontière gravitationnelle, le point à environ 346 000 km de la Terre où l'attraction de la Lune devient plus forte que celle de la Terre. Jules Verne avait décrit ce moment dans De la Terre à la Lune en 1865 — et il avait vu juste.
Artemis II — First Crewed Test Flight to the Moon Since Apollo · Flight plan showing all 15 mission steps · Source : NASA (Public Domain)
"C'est formidable d'avoir à nouveau des nouvelles de la Terre. Nous choisirons toujours la Terre, nous nous choisirons toujours les uns les autres."
Christina Koch, astronaute d'Artémis II — après le passage derrière la Lune, 7 avril 2026
Ce qu'Artémis II a découvert
Ce n'était pas un alunissage — c'était une répétition générale habitée. Mais les astronautes ont quand même accompli quelque chose d'historique : ils ont observé et photographié la face cachée de la Lune à l'œil nu, ce que jamais aucun humain n'avait fait. Ils ont aussi assisté à une éclipse solaire totale depuis l'espace, la Lune masquant le Soleil depuis leur point de vue unique. Et ils ont ramené des données précieuses sur le comportement d'Orion, de ses systèmes de survie, et de l'équipage en espace lointain — des données indispensables pour la suite.
Apollo vs Artémis — 54 ans de progrès
Regarder la capsule Orion à côté du module de commande Apollo, c'est mesurer en un coup d'œil ce que 54 ans d'ingénierie ont changé.
La suite — vers le Pôle Sud de la Lune
La France et Toulouse au cœur de l'aventure
Cette mission n'est pas qu'une affaire américaine. La France y joue un rôle que beaucoup ignorent. Sans le module de service européen — dont des pièces essentielles sont fabriquées par Safran et ArianeGroup — Orion ne fonctionnerait pas. L'application médicale EveryWear, née dans les laboratoires du CNES à Toulouse, a voyagé à bord d'Artémis II pour surveiller la santé des astronautes.
Et après Mars ?
La Lune n'est pas la destination finale. La NASA le dit clairement : Artémis est la route vers Mars. Tout ce qu'on apprend sur la Lune — vivre en autonomie, extraire des ressources, maintenir des systèmes pendant des mois loin de la Terre — sera nécessaire pour envoyer des humains vers la planète rouge, à une distance 1 000 fois plus grande que la Lune. La génération qui regardera ces premiers pas sur Mars en 2040 ou 2050, c'est peut-être vous.
"C'est à couper le souffle ce que vous pouvez voir à l'œil nu depuis la Lune. C'est juste inimaginable."
Jeremy Hansen, astronaute canadien d'Artémis II — lors du survol de la Lune, 6 avril 2026
Sources
- NASA — nasa.gov/humans-in-space/artemis
- CNES — cnes.fr/actualites/artemis-ii-un-nouveau-depart-vers-lune (2 avril 2026)
- Agence spatiale canadienne — asc-csa.gc.ca/fra/missions/artemis-ii
- ESA — esa.int · Module de service européen et Sophie Adenot
- Cité de l'espace Toulouse — cite-espace.com
- IRAP/CNRS — irap.omp.eu/2023/03/lirap-au-coeur-de-la-conquete-lunaire
- Infographie trajectoire : NASA — "Artemis II: First Crewed Test Flight" (domaine public)
- Infographie Apollo vs Orion : NASA / Cosmos Archive (domaine public)