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Artémis : le retour de l'humanité vers la Lune

Par STEPHANE BLAT, publié le mardi 5 mai 2026 23:27 - Mis à jour le mercredi 6 mai 2026 14:28
Le 10 avril 2026, à 2h07 du matin, une capsule amerrissait dans l'océan Pacifique au large de San Diego. À son bord : quatre astronautes qui venaient d'accomplir quelque chose qu'aucun humain n'avait fait depuis décembre 1972 — s'aventurer aussi loin

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Pourquoi retourner sur la Lune ?

Cinquante ans après les derniers pas d'Apollo sur la Lune, la NASA a lancé le programme Artémis avec trois grandes ambitions : faire des découvertes scientifiques majeures, développer une économie lunaire, et préparer les futures missions vers Mars. Et derrière tout ça, un contexte géopolitique bien réel : la Chine prévoit son propre alunissage habité pour 2030. La course à la Lune a repris.

Artémis n'est pas un programme américain, c'est un programme mondial. La NASA y associe l'Europe, le Canada, le Japon et une vingtaine de pays. Sans le module de service fabriqué par l'Agence spatiale européenne — en partie en France — la capsule Orion ne pourrait ni se propulser, ni produire son énergie, ni maintenir l'air pour l'équipage.

Artémis I — la répétition générale (2022)

Avant d'envoyer des humains, la NASA voulait s'assurer que tout fonctionnait. En novembre 2022, la fusée SLS — l'une des plus puissantes jamais construites — a décollé avec la capsule Orion vide. Mission accomplie en 25 jours : Orion a effectué une orbite distante autour de la Lune et est rentré intact sur Terre. La voie était libre pour y envoyer des humains.

Artémis II — ce qui vient de se passer

Le 1er avril 2026, quatre astronautes décollaient depuis Cape Canaveral à bord d'Orion. Dix jours plus tard, ils rentraient sur Terre après avoir battu un record historique : 406 771 km de la Terre, plus loin qu'aucun humain depuis Apollo 13 en 1970.

La capsule a atteint sa vitesse maximale lors de la rentrée atmosphérique finale : 40 233 km/h, soit environ Mach 32 — plus de 30 fois la vitesse du son. C'est bien plus rapide qu'un retour depuis l'orbite terrestre basse (environ 28 000 km/h) : revenir de la Lune, c'est revenir de beaucoup plus loin, avec beaucoup plus d'énergie à dissiper

Grand Oral · Terminale spécialité physique-chimie
Comment mesure-t-on la vitesse d'Orion à 400 000 km de la Terre ?
La réponse tient en deux mots : effet Doppler. Les stations radio au sol analysent les micro-variations de fréquence des signaux émis par la capsule pour calculer sa vitesse avec une grande précision. La France y contribue via l'observatoire de Pleumeur-Bodou, seule station française retenue par la NASA. Ce principe — le même que pour l'échographie Doppler en médecine ou la mesure de vitesse des étoiles en astronomie — peut faire l'objet d'un excellent sujet de Grand Oral.

L'équipage

Un voyage pas si simple

On imaginerait qu'Orion a foncé en ligne droite vers la Lune. La réalité est bien plus élégante. Les ingénieurs ont calculé une trajectoire appelée trajectoire de retour libre : une courbe telle que même si les moteurs tombaient en panne, la gravité combinée de la Terre et de la Lune ramènerait naturellement la capsule vers la Terre. Au cours du voyage, un moment remarquable a eu lieu le 6 avril à 6h41 du matin : Orion a franchi la frontière gravitationnelle, le point à environ 346 000 km de la Terre où l'attraction de la Lune devient plus forte que celle de la Terre. Jules Verne avait décrit ce moment dans De la Terre à la Lune en 1865 — et il avait vu juste.

Artemis II — First Crewed Test Flight to the Moon Since Apollo · Flight plan showing all 15 mission steps · Source : NASA (Public Domain)

Note : sur l'infographie de trajectoire NASA ci-dessus, les échelles ne sont pas respectées. La Lune est représentée beaucoup plus proche de la Terre qu'elle ne l'est en réalité : 384 000 km séparent les deux astres, soit 30 fois le diamètre terrestre.

 

"C'est formidable d'avoir à nouveau des nouvelles de la Terre. Nous choisirons toujours la Terre, nous nous choisirons toujours les uns les autres."

Christina Koch, astronaute d'Artémis II — après le passage derrière la Lune, 7 avril 2026

Ce qu'Artémis II a découvert

Ce n'était pas un alunissage — c'était une répétition générale habitée. Mais les astronautes ont quand même accompli quelque chose d'historique : ils ont observé et photographié la face cachée de la Lune à l'œil nu, ce que jamais aucun humain n'avait fait. Ils ont aussi assisté à une éclipse solaire totale depuis l'espace, la Lune masquant le Soleil depuis leur point de vue unique. Et ils ont ramené des données précieuses sur le comportement d'Orion, de ses systèmes de survie, et de l'équipage en espace lointain — des données indispensables pour la suite.

Apollo vs Artémis — 54 ans de progrès

Regarder la capsule Orion à côté du module de commande Apollo, c'est mesurer en un coup d'œil ce que 54 ans d'ingénierie ont changé.

La suite — vers le Pôle Sud de la Lune

La France et Toulouse au cœur de l'aventure

Cette mission n'est pas qu'une affaire américaine. La France y joue un rôle que beaucoup ignorent. Sans le module de service européen — dont des pièces essentielles sont fabriquées par Safran et ArianeGroup — Orion ne fonctionnerait pas. L'application médicale EveryWear, née dans les laboratoires du CNES à Toulouse, a voyagé à bord d'Artémis II pour surveiller la santé des astronautes.

Toulouse · Cité de l'espace
Le LuneXplorer — devenir astronaute pendant 40 minutes
La Cité de l'espace propose depuis 2023 une expérience unique en Europe : le LuneXplorer. Dans des capsules Orion reproduites à l'identique, par groupes de 4, on vit un décollage et un alunissage simulés avec une centrifugeuse allant jusqu'à 2g — les mêmes sensations qu'un astronaute au décollage. Briefing par Thomas Pesquet, données de vol personnalisées, débrief. Inclus dans le billet d'entrée. La Lune est à 15 minutes de chez vous. → cite-espace.com
 
Toulouse · IRAP / CNRS
Des chercheurs toulousains préparent la vie sur la Lune
L'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP, Université Paul Sabatier) fait partie d'un consortium toulousain qui travaille sur une question fondamentale : comment survivre sur la Lune en n'utilisant que ses propres ressources ? Comment extraire de l'oxygène de la poussière lunaire ? Produire de l'énergie solaire dans cet environnement hostile ? Ces recherches, menées avec la NASA et le CNES, préparent des missions qui ne décolleront pas avant 2030 — mais le travail commence maintenant, à Toulouse. → irap.omp.eu
 
Une astronaute française à suivre
Sophie Adenot — astronaute ESA, diplômée de Supaéro
Diplômée de l'ISAE-Supaéro de Toulouse, Sophie Adenot est actuellement à bord de la Station spatiale internationale dans le cadre de la mission εpsilon (depuis février 2026 et pour environ 9 mois). Elle est la seconde femme astronaute française après Claudie Haigneré. Elle n'est pas encore assignée à une mission Artémis, mais avec la participation européenne au programme et son parcours exceptionnel, on espère la voir un jour faire partie d'une mission lunaire. → esa.int

Et après Mars ?

La Lune n'est pas la destination finale. La NASA le dit clairement : Artémis est la route vers Mars. Tout ce qu'on apprend sur la Lune — vivre en autonomie, extraire des ressources, maintenir des systèmes pendant des mois loin de la Terre — sera nécessaire pour envoyer des humains vers la planète rouge, à une distance 1 000 fois plus grande que la Lune. La génération qui regardera ces premiers pas sur Mars en 2040 ou 2050, c'est peut-être vous.

"C'est à couper le souffle ce que vous pouvez voir à l'œil nu depuis la Lune. C'est juste inimaginable."

Jeremy Hansen, astronaute canadien d'Artémis II — lors du survol de la Lune, 6 avril 2026

Sources

 
Pièces jointes

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